jeudi 18 juin 2009

Jeudi 18 juin 2009

18 06 2009

Elegie

Cette nuit, avant de fermer les yeux et de ranger mon corps dans les rêves, on m'écrit ça : je le reçois d'un coup...

Lettres à Ophélie
de cabace carnets-livres Fabriqué à la main

Je travaille depuis l'aube sur une adaptation d'Hamlet, c'est pour que cela t'enlève toute illusion, te donne les clefs pour dédramatiser ce que le verbe et la structure du langage, à l'image de nos méthodes de vivre, produisent de plus terrible.
Il se peut, enfant, que tu sois livrée à un ogre. Le monde, dans lequel tu jaillis, possède la psychologie nécessaire à ta souffrance. Bien sûr, tes parents t'aimeront, je n'en doute pas, mais sauront-ils te parler, sauront-ils te rendre la vie légère ? Je connais le pays dont tu hérites, cela souffre ici, la faim, le froid, ont durement marqué les esprits, la tendresse est proche de la pitié, l'alcool rend les rêves nauséeux. Ta mère, du moins, a compris qu'il fallait partir, qu'il fallait s'échapper. C'est un bon signe. Mais je crains qu'elle n'emporte dans son esprit trop de silence, et de rejet, les parents sont si maladroits avec leurs enfants, ils ont trop de choses à prouver.
Dans cette adaptation d'Hamlet, il y aura le bout du monde, c'est à dire, la limite de l'humain. L'hubris est un promontoire assailli par l'océan, où un homme a échoué après une rude tempête. Il y mourra, car sa peau est arrachée, par le sel, par le vent, par le soleil. Aucun homme ne peut survivre au soleil sans aube, ses chairs seraient rongées. Alors, pour quelle lumière vivons-nous ?

Cette nuit, avant de fermer les yeux et de ranger mon corps dans les rêves, on m'écrit ça : je le reçois d'un coup...

Je deviens folle
C’est-à-dire que je me soulève en moi
Folle vers le haut
Quelqu’un me parle
C’est d’un coup
Au milieu des élégies
C’est un coup
C’est très doux très beau très pur
C’est un goût de magie existentielle
C’est un coup de la nature
C’est fou
La folie vers le haut
Cher auteur…
Tu m’écris dans le temps qui n’existe pas
À moi dans le temps qui n’existe pas
Et pourtant
Tant
Au ciel des élégies


© MCT ©La Fracture Numérique
Ophélie dans une épaisseur d'illusion-installation de Valérie de la chapelle et Marina Wainer