dim 15 juin 2008
Dimanche 15 juin 2008
15 06 2008Cher papa,
Je pourrais gribouiller sur toutes les pages du livre de notre histoire…
Je pourrais renier toute notre famille : te nier et toi aussi ne pas me reconnaître, m’abandonner… Je pourrais mourir ou toi disparaître :
Tous les chemins me mènent à toi.
J’ai poussé sur ton arbre.
Nous ne lâchons jamais en vérité.
Je suis ton fruit.
Nous sommes un morceau d’évidence.
Tu me dois l’infini de ton clan.
Tu sais d’où je viens et ce que j’accomplirai sans toi, tu l’ignores.
Je suis une femme dès le début de la vie.
Le choc de la tienne…
Je te montre cette route : ton origine, ton amour, ta création.
Tu t’étonneras toujours d’avoir créé ta création…
Tout t’échappe :
Je t’échappe.
Dès ma naissance.
Je suis la fille de toi.
Je ne suis pas au masculin.
Je suis ton opposé.
Ce que tu ignores et qui t’a fait venir au monde.
Tu vois en moi la porte par laquelle tu es passé en vie.
Je t’offre la fabrication de mon sexe.
Cette fente autour de laquelle tout mon corps est bâtit.
Une bouche qui toujours te sera close.
Je suis l’interdit.
La grande menace qui pèse.
Une religion à moi toute seule.
Des mythes, des religions, des études scientifiques, des peintures et des fresques antiques… Tout un infini reproduit et feuilleté pour trouver et savoir : où ? qui ? qu’est-ce que le père ? A part la poésie et la littérature, les meilleurs idées, les réponses sont en vie : dans la vie : l’envie. ?
Oser regarder le père en face.
Oser ne pas s’aligner au bouillon géant de nos consciences multipliées…
Peut-être prendre peur, alors ?
Oser avoir peur ?
La conscience porte l’inceste comme une plaie.
On en voit devenir fou pour cela.
Notre race est ainsi construite…
La peur du père transpire sur ses enfants comme les stigmates obscures d’une religion dévastatrice…
La voix tousse pour s’éclaircir et chantonner quelques notes de qui voudra bien être assez gai… Assez triste… Des notes qui viendront faire chanter la voix qui ne sait pas bien parler la langue des mots : Connaissant leur puissance. La voix désire un chant d’amour…
La voix veut faire honneur et place à Amour. Elle passe en mince filet pour l’appeler…
L’amour du père trouve sa place face à l’enfant du dieu qu’elle représente.
Mais toujours elle terrifie l’homme qu’il est.
Chacune d’entre nous le sais.
Chacun de vous en fut effrayé une seconde dans la vie.
Une seconde qui traverse la conscience pour y laisser un souvenir immanquable.
Homme fier et noble tu te dois d’être pour être père.
Digne de ce rôle…
Maintient du Dieu en toi.
Debout homme courageux !
Reçois ta joie chaque jour en récompense de tes efforts.
Construit la vie autour de ton clan.
Garde le jalousement. Animalement…
Sauvage qui ne doit se renier.
Tu n’es plus dupe de toi dès que j’apparais… Une femme et toi ont suffit à me faire.
Une femme qui ne sera jamais toi ni à toi pour moi qui ne suis pas toi et ne le serai jamais... Notre cruauté signe ton désespoir et pourtant…
Elle et toi et moi… Nous tous : le même corps.
Avec la femme tu es pilier de ton temple…
« Soit noble et tais-toi. » : Voilà ce que tu te répètes chaque jour…
Ta descendance est ta fierté.
Chaque père est un roi et chaque fille une princesse.
Je suis ta princesse oh mon Roi…
La voix s’emporte à des enfantillages comme une danseuse à sa barre…
La voix s’entraine à l’Amour.
Le père est son premier terrain d’expérience…
C’est lui qui l’a prédestinée à aimer l’Autre.
Après le roi, il y a le prince…
Et la reine toujours le lui a conté…
A moi : la princesse.
Je suis celle-là pour toi : au sein de ton histoire : de ta vie.
Quand tes yeux regardent dans les miens : ils te font roi.
Ils me donnent ce rôle-là : dans mon histoire : dans ma vie.
La voix qui chatouille les cordes sensibles avec des rires et des sanglots colorés d’enfance.
Je suis une fleur pour toi. Celle…
Que tu devras garder, élever et protéger.
Toujours au fond de ton jardin, au cœur de ton royaume...
Un jour tu seras celui qui offre cette fleur-là. Tu la rendras. Dans la terre, elle pourrira. Telle est ta race.
Ce geste te hante. Tu me vendras à l’Autre toi que toi.
Ce geste te rend lâche… Pour toi voudrais-tu me garder ?
Ce geste redouté habite en ton cœur comme un devoir toujours remis au lendemain…
La voix s’échappe de la cavité… Elle chante enfin : elle articule des mots.
La voix est libre de parler ou de se taire. La voix en quête de mots.
La fille attend d’être reine pour un autre roi.
Le cocon cède et le papillon s’envole loin de la fleur.
C’est ce jour-là que tu attends silencieusement.
Ce jour où tu deviendras vieux soudain : tu seras le vieux roi.
Et ta femme deviendra la vieille reine.
Et ensuite, tu le sais, la vie deviendra plus facile :
Car la jeune reine deviendra à son tour la vieille reine et te fera : très vieux roi.
Le schéma s’éclaircit… Je te fais homme et sage, oh ! mon roi…
Je deviens femme et je demeure fille toujours pour toi : princesse.
La voix remarque les saisons. L’hivers, elle se cache derrière des pulls mohair…
Elle évite les chagrins du froid et les larmes coulent en elle. Pourtant, elle sent que c’est fatal : tout se brise un jour : des branches au sol, devenues brindilles au feu et… cendres.
Alors ta vie sera sur son chemin de mort et tout s’éclaircira :
Tu pressens bien cela au fond :
A la terre tu reviendras en me laissant seule au monde.
Je serais orpheline et plus jamais princesse.
Plus jamais est aussi éternel que toujours…
Car mon cœur de Princesse n’a que toi à cette place: noble Roi.
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© jak